Logo Kanton Bern / Canton de BerneDirection des travaux publics et des transports
  • de
  • fr

OPCupdate - Juin 2021

  • Lettre d'information du juin 2021

Dangers naturels et gestion intégrale des risques

Pays alpin par excellence, la Suisse vit depuis des siècles avec les dangers naturels. Si autrefois on répondait aux événements tels que les crues et les avalanches par la construction d’ouvrages de protection, l’heure est à la gestion différenciée des risques naturels, notamment à la «gestion intégrale des risques». L’OPC apporte sa contribution et soutient les communes dans ce domaine.
 

«Jusqu’aux années 1980, la gestion des risques naturels se concentrait essentiellement sur les événements», explique Damian Stoffel, responsable du domaine de la protection contre les crues à l’AIC I. On réagissait aux catastrophes et événements naturels en éliminant les zones de danger, notamment en les dégageant ou en les consolidant. Un certain nombre d’événements de grande ampleur (en 1987 dans toute la Suisse ou en 1993 à Brigue) ont amené les spécialistes à revoir leur position. C’est ainsi qu’ont été développés les tout premiers instruments de la planification de mesures axée sur les risques. Aujourd’hui, la protection contre les dangers naturels en Suisse s’organise selon les principes de la gestion intégrale des risques. «Il ne s’agit pas d’éviter les dangers naturels par tous les moyens, mais de réduire les risques à un niveau acceptable», explique Damian Stoffel. Une approche qui a été adoptée depuis longtemps dans d’autres domaines comme la protection de la population.

Le Spreitgraben au-dessus de Guttannen: apparition d’affouillements après une coulée torrentielle.

Danger et risque: deux choses différentes

Ce qui importe, c’est de bien faire la distinction entre danger et risque. «Une coulée de lave torrentielle ne constitue pas en soi un risque. Il y a risque lorsqu’elle frappe un randonneur, un véhicule ou un bâtiment, et que des dommages sont susceptibles de survenir», fait observer Damian Stoffel. Le risque n’est donc pas déterminé uniquement par le danger naturel et sa probabilité de survenance, mais aussi par l’importance du dommage potentiel.

Ouvrage de protection classique: mur de retenue de coulées, Innere Sitebach, Lenk.

Construction d’ouvrages de protection ou interdiction de construire?

Il est possible de gérer les risques: la gestion des risques englobe toutes les mesures qui contribuent à leur diminution. On peut par exemple réduire le risque que présente une coulée torrentielle en stabilisant dans son bassin versant les surfaces d’érosion et le lit du torrent. Le potentiel de dommage peut quant à lui être diminué par l’édiction d’interdictions de construire dans les zones particulièrement touchées par les crues ou les coulées torrentielles. Gérer les risques implique d’accorder une importance égale aux mesures de prévention, d’intervention et de remise en état. La gestion intégrale des risques considère l’ensemble des dangers naturels, implique toutes les instances responsables et prend en compte toutes les catégories de mesures (cf. illustration).

La Confédération montre la voie à suivre

La gestion intégrale des risques est pilotée par la Confédération, par des lois, des aides à l’exécution et des directives qui précisent les conditions de mise en œuvre et les tâches relevant de la compétence des cantons (voir aussi la rubrique «Dialogue»). L’Office fédéral de l’environnement a notamment créé une boîte à outils, aujourd’hui assez étoffée, pour obliger les cantons et les communes à élaborer les bases nécessaires pour mener à bien la prévention des dangers et maîtriser les événements:

Dans le modèle de la gestion intégrale des risques, une importance égale est accordée aux mesures de précaution, de maîtrise et de rétablissement. (OFPP 2019)
  • Les cadastres des événements indiquent où il s’est passé quelque chose.
  • Les cartes de dangers montrent où il pourrait se passer quelque chose. C’est sur leur base que les cantons peuvent, le cas échéant, édicter une interdiction de construire pour une zone jugée dangereuse.
  • Les plans d’urgence élaborés par le canton avec les corps de sapeurs-pompiers locaux indiquent aux services d’urgence que faire en cas d’événement.
  • Les cadastres des ouvrages de protection visent à donner un aperçu des ouvrages de protection et de leur état. Damian Stoffel: «Les endiguements de torrents ont entre 50 et 100 ans, ils doivent être entretenus ou remplacés si l’on veut qu’ils offrent une protection suffisante.»

Damian Stoffel se réjouit que de tels instruments existent: «Ils nous permettent d’assister les communes dans la mise en œuvre des mesures.»

Gestion des risques dans l’Oberland bernois

Ce sont les montagnes qui recèlent les plus grands dangers naturels. Et des montagnes, il n’en manque pas dans l’Oberland bernois! Damian Stoffel: «Dans l’Oberland bernois, il nous faut vivre avec les risques naturels: des routes de cols susceptibles d’être barrées par des chutes de pierres aux langues d’avalanches menaçant des villages et des routes, en passant par les laves torrentielles qui charrient des matériaux jusque dans les vallées.» Etant en charge de la sécurité des agglomérations et des routes, l’AIC I est aussi responsable de la gestion des risques. «L’OPC n’est que l’un des nombreux ‘rouages’ essentiels», explique Damian Stoffel.

Soutien apporté aux communes

Les plans d’urgence relèvent de la compétence des communes. Ce sont en effet les autorités communales et les forces d’intervention (sapeurs-pompiers, police) qui entrent en action en cas d’événement et assurent le commandement des opérations. «L’OPC n’intervient qu’en appui. Ce qui est important, c’est que les gens sur place soient bien préparés pour pouvoir réagir rapidement et efficacement, de façon adaptée à la situation. Il faut à tout prix éviter de perdre du temps.»

Le projet exemplaire du «Spreitgraben»

Le projet «Spreitgraben» mis en œuvre à proximité de la route du col du Grimsel, au-dessus de Guttannen, montre que des analyses scientifiques et une technologie éprouvée peuvent contribuer à la prévention des dangers. Le bassin versant du torrent s’étend de son déversement dans l’Aar jusqu’au sommet du Ritzlihorn, à 3263 m d’altitude. Depuis plus de dix ans, d’impressionnantes laves torrentielles dévalent régulièrement le lit du torrent. Les plus intenses, entre 2009 et 2011, se sont accompagnées de glissements de terrain. Des précipitations abondantes ont par la suite induit plusieurs coulées qui ont entraîné avec elles dans l’Aar quelque 650 000 m3 de roche. Cela a notamment constitué une menace pour la route du col du Grimsel, que les autorités ont dû condamner à plusieurs reprises. Sous l’effet des éboulis, l’Aar a débordé: un immeuble et une étable ont dû être démolis, la route, les lignes à haute tension et les conduites de gaz protégées par des ouvrages en dur. A l’automne 2020, la fonte du permafrost du Ritzlihorn a provoqué un nouveau glissement de terrain. Les fortes précipitations qui ont suivi ont provoqué pas moins de 16 coulées de lave torrentielle, et le dépôt de 120 000 m3 supplémentaires de masses rocheuses dans l’Aar.

Déclenchement d’une alarme à la rupture d’une corde

Ces événements ont amené l’OPC à mettre en place un système d’alerte précoce dans le Spreitgraben pour protéger l’infrastructure des coulées torrentielles. «Nous avons installée dans le bassin versant du torrent différents appareils sensibles aux mouvements et aux vibrations. D’une part des cordes et des câbles tendus qui se rompent en cas de coulée, déclenchant une alarme. D’autre part, un système radar et des géophones qui enregistrent les mouvements de masses ou les vibrations dans le sol, et peuvent eux aussi déclencher une alarme en cas de coulée torrentielle.

Lorsqu’une corde ou un câble se rompt, une alarme retentit et les feux positionnés sur la route du col passent au rouge: «Il faut une ou deux minutes aux éboulis pour atteindre la route, ce qui laisse le temps aux véhicules ou aux cyclistes de quitter cette portion de 300 m de long», explique Damian Stoffel. Le retentissement de l’alarme active également les caméras installées dans le bassin versant. Averti par SMS, le guide de montagne local dispose en l’espace de quelques minutes d’une vue d’ensemble de la situation sur son PC lui permettant d’évaluer la dangerosité de l’événement. Damian Stoffel: «Il peut aussi arriver que l’alarme soit déclenchée par des animaux sauvages ou des pierres.» Si la suspicion d’événement naturel est confirmée, les services communaux (pompiers) sont prévenus, mais aussi des géologues, qui viennent inspecter la situation sur place. «Les éléments déclencheurs de coulées torrentielles sont souvent des éboulements de roches tout en haut. C’est pourquoi nous surveillons les formations rocheuses du Ritzlihorn au moyen de dispositifs laser.»

En route vers une nouvelle norme?

Le projet «Spreitgraben» est un système éprouvé associant l’homme et la technologie. Il est donc assez coûteux. Serait-ce désormais la norme pour la protection des infrastructures en région de montagne? Damian Stoffel relativise: «Un tel système se justifie uniquement dans des zones de danger très actives présentant un fort potentiel de dommage. Nous devons fixer des priorités. C’est vrai aujourd’hui et le sera encore plus demain, le changement climatique renforçant le risque de danger.»

Le Spreitgraben au-dessus de Guttannen: la coulée torrentielle du 23 juillet 2010.
Le Spreitgraben au-dessus de Guttannen en 2009 (à droite, la route du col du Grimsel).
Le Spreitgraben en 2011, après plusieurs épisodes de coulées torrentielles.
Schéma du «remplissage» du Spreitgraben au-dessus de Guttannen entre 2009 et 2011: le lit de l’Aar se situe aujourd’hui 15 à 20 m plus haut qu’avant les épisodes de coulées torrentielles.
Glacier de la Plaine Morte au-dessus de Lenk: construction du canal de drainage pour réguler le lac glaciaire.
Glacier de la Plaine Morte au-dessus de Lenk: le canal de drainage permet un écoulement contrôlé depuis le lac glaciaire.

Route de Saanenmöser: dernière étape de réfection

Depuis une dizaine d’années, la route cantonale entre Zweisimmen et Saanenmöser est rénovée en plusieurs étapes. Le chantier est entré en phase finale. Depuis avril en effet, les 550 derniers mètres du tronçon de 6,2 km sont en construction. Si tout se déroule comme prévu, la réfection de la route de Saanenmöser sera achevée dans deux ans pour un coût total d’environ 35 millions de francs.
 

La construction du tronçon de 550 m entre Wart et Stalden devait commencer juste après Pâques. «Malheureusement, une vague de froid avec de la neige et du gel s’est abattue sur la région et nous avons dû repousser le début des travaux», se souvient Jürg Herrmann, chef de projet et membre de l’AIC I. Mais le temps perdu a pu être rattrapé. Les perturbations du trafic devraient aussi être minimes pendant cette phase de construction; une voie est en chantier alors que l’autre est libre pour la circulation. «Globalement, le temps de trajet entre Saanenmöser et Zweisimmen n’augmente que de quelques minutes», précise Jürg Herrmann.

Etapes de réfection de la route cantonale entre Zweisimmen et Saanenmöser.

La route se déforme

La route se situe dans une zone géologique particulière. La présence de sources rend le sol particulièrement humide. «Là où il y a beaucoup d’eau, le terrain est instable», explique Jürg Herrmann. Par endroits, il glisse de quelques millimètres par an sur l’assise rocheuse sous-jacente. La route n’a pas résisté à cette pression, elle a aussi glissé et s’est déformée, devenant très cahoteuse par endroits. «La hausse de la circulation a exacerbé le problème. Le trafic lourd augmente de manière générale et les routes doivent supporter des charges bien plus lourdes qu’avant», explique Jürg Herrmann.

Des mesures efficaces

Comme pour les 5,6 km précédents, des murs de soutènement seront bâtis côté aval sur le tronçon entre Wart et Stalden (voir illustration). De plus, des conduites de drainage d’une longueur de 15 à 20 m seront posées par forage horizontal dans le talus afin d’évacuer l’eau et limiter le glissement du terrain sur l’assise rocheuse.

Murs de soutènement, pieux, ancrages et conduites de drainage empêcheront à l’avenir le phénomène de glissement.

Et quitte à rénover, autant voir les choses en grand. L’ancienne route était étroite et les virages de faible rayon. La largeur de la chaussée ne sera pas modifiée, mais les accotements seront élargis à 50 cm et asphaltés sur une moitié. Les véhicules pourront ainsi se croiser plus facilement.

Dernière ligne droite pour le projet

Jürg Herrmann était déjà de la partie lors de la première étape de construction entre Zweisimmen et Mosenried. Un autre responsable de projet a supervisé les travaux des étapes intermédiaires. Jürg Herrmann est chargé du suivi des travaux du dernier tronçon de route à rénover. Il se réjouit de pouvoir mener ce projet à terme avec le même entrepreneur qu’il y a dix ans. «Le contremaître, Roland Trachsel, est resté le même. C’est une chance ! Il connaît maintenant le terrain comme sa poche», se félicite Jürg Herrmann.
La réfection de la route de Saanenmöser est un projet de l’arrondissement d’ingénieur en chef I. Le dernier tronçon entre Wart et Stalden coûte environ 4 millions de francs. Les coûts totaux sont estimés à 35 millions de francs. L’OPC investit plus de 65 millions de francs par an dans le maintien de la substance des routes cantonales.

Travailler sur un terrain pentu et instable est un défi pour les professionnels de la construction.
Le manque d’espace ne facilite pas le travail.

Revalorisation de l’Aar à Worblaufen

Entre le quartier du Löchligut et Worblaufen, l’Aar doit faire l’objet de mesures de revitalisation et de revalorisation. L’objectif de ce projet est d’adapter d’ici 2023 la rive droite de l’Aar aux besoins actuels en termes d’espaces naturels, d’aires de détente et de zones de loisirs. Le canton se charge des mesures d’aménagement des eaux et la commune d’Ittigen de toutes celles liées à la détente, aux sports nautiques et à la biodiversité. La mise à l’enquête publique a eu lieu fin avril et le début des travaux est prévu pour l’automne 2021.
 

Les abords de l’Aar à Worblaufen offrent une zone de détente prisée des amoureux de la nature: le cours d’eau est fréquenté par les pêcheurs, les pontonniers, les canoéistes et les baigneurs, tandis que les berges sont investies par les randonneurs, les propriétaires de chiens et les joggeurs. La zone présente également un potentiel de revalorisation élevé le long de l’Aar. Dans le cadre de la révision du plan de protection des rives «Aareraum Worblaufen», la commune d’Ittigen a créé les bases en matière d’aménagement qui permettent de revaloriser ce tronçon de l’Aar tout en continuant à développer les nombreuses activités de loisirs. La rive droite de l’Aar doit être remodelée au plus proche de son état naturel afin de créer une surface écologique de qualité, tandis que les infrastructures de sports nautiques doivent être concentrées dans la zone où se trouvent déjà des bâtiments et des installations, à savoir à proximité immédiate du pont de Tiefenau. Les activités non compatibles avec l’utilisation de la rive (p. ex stationnement des voitures) doivent être réorganisées et regroupées à un seul endroit.

Le tronçon de l’Aar entre le quartier du Löchligut et Worblaufen doit être revalorisé: vue sur l’Aar et l’Aarehütte (à gauche de l’image) depuis le pont de Tiefenau.
Tronçon de l’Aar actuel entre le secteur du Löchligut et Worblaufen: vue depuis l’embouchure de la Worble en direction du pont de Tiefenau.

Un projet commun

Le canton et la commune réalisent le projet en étroite collaboration. Le premier est responsable des mesures d’aménagement des eaux et la seconde de toutes les mesures liées à la détente et aux sports nautiques en rapport avec la loi sur les rives des lacs et des rivières (LRLR).

«C’est une chance unique de réaménager ce secteur de l’Aar dans son intégralité», explique Warin Bertschi, responsable de l’aménagement des eaux à l’AIC II. «Du point de vue de la protection des rives, ce tronçon ne présente pas d’urgence particulière, mais nous souhaitons profiter de l’occasion offerte, raison pour laquelle nous avons répondu favorablement à la demande de la commune d’Ittigen de réaménager ce tronçon ensemble, de manière globale et durable. En fin de compte, l’objectif principal du canton est de revaloriser écologiquement les berges de l’Aar», souligne Warin Bertschi. Le périmètre du projet comprend également un tronçon de l’Aar en ville de Berne: dans le secteur du Löchligut, le canton prévoit d’offrir davantage d’espace à l’Aar et de revaloriser ses berges.

La mise à l’enquête publique du permis d’aménagement des eaux (canton) et du permis de construire (commune d‘Ittigen) a eu lieu fin avril 2021 et le début des travaux est prévu pour l’automne ou l’hiver 2021.

Création d’un paysage varié

Le projet de réaménagement prévoit les mesures suivantes le long de l’Aar entre le quartier du Löchligut et la STEP de Worblental.

Vue d’ensemble des étapes du projet.

Tronçon 1: Löchligut – Hammerwerke

Entre le quartier du Löchligut et premier secteur de l’Aar coulant à Ittigen, il est prévu de sécuriser les berges à l’aide de structures en bois mort. Ces dernières servent non seulement à empêcher l’érosion des rives, mais offrent également un habitat idéal pour les poissons et s’intègrent parfaitement dans le nouveau paysage. Les rives situées le long de la nouvelle zone bâtie «Aare Wohntraum» ont déjà été sécurisées dans le cadre de la construction du nouvel ouvrage d’amenée de la Worble. Sur le tronçon de l’Aar suivant, au niveau Hammerwerke, la berge doit être protégée de l’érosion au moyen de blocs de pierre naturelle.

Tronçon 2: Hammerwerke– Club-house des pontonniers

A cet endroit, la rive de l’Aar sera aplanie. Le chemin de rive sera déplacé vers l’intérieur des terres afin de créer plus d’espace pour la revalorisation de la rive. Les vieux bosquets caractéristiques seront conservés, tandis que le petit étang sera comblé et le dépôt de matériel des pontonniers démonté. L’espace réservé pour les grillades sera remplacé par un nouvel étang à amphibiens. Le grand pré où se situe l’Aarehütte sera utilisé pour les loisirs, la détente et le sport. Un nouveau bâtiment pour les infrastructures sera construit au niveau de l’Aarehütte; il offrira aux amateurs de sports nautiques et à d’autres partenaires l’espace nécessaire pour entreposer du matériel et abritera en outre des toilettes, des vestiaires, etc. Il est également prévu de construire une buvette destinée au public.

Tronçon 3: Club-house des pontonniers – Pont de Tiefenau

Ce secteur sera dédié à la pratique des sports nautiques. Il sera doté d’une nouvelle zone d’accès à l’Aar pour les pontonniers, équipée d’un dispositif de levage, d’escaliers et d’une rampe, qui pourra également être utilisée par les baigneurs et les canoéistes pour entrer et sortir de l’eau en toute sécurité. Elle servira également à la police sanitaire. Un mur en béton, conçu comme une promenade le long de l’Aar (espace vert), sera construit devant la zone des infrastructures. Le stationnement actuel sera réorganisé: les véhicules pourront être garés soit au niveau du bâtiment d’infrastructures soit latéralement le long de l’Arastrasse.

Tronçon 4: Pont de Tiefenau – STEP de Worblental

En aval du pont de Tiefenau, la rive fera l’objet d’une revalorisation écologique grâce à la création d’un nouvel étang à amphibiens. Par ailleurs, trois épis en bois seront installés en travers de l’Aar et offriront notamment des abris aux poissons. Les places de stationnement actuelles seront supprimées et déplacées long de l’Arastrasse (stationnement longitudinal). Le nombre de places (environ 55) restera quant à lui à peu près identique L’accès à l’Aar pour le trafic motorisé s’effectuera comme jusqu’à présent depuis la Worblaufenstrasse via l’Arastrasse.

Coûts et financement

Les coûts totaux pour la réalisation du projet s’élèvent à environ sept millions de francs. 52 % des coûts concernent l’aménagement des eaux et seront pris en charge en grande partie par la Confédération et le canton. Les 48 % restants se rapportent aux mesures liées à la détente et aux sports nautiques et seront financés principalement par des subventions cantonales conformément à la loi sur les rives des lacs et des rivières.

L’Aar aux abords de Worblaufen est un lieu prisé pour les sports nautiques et le restera (photo: Verein Flusswelle Bern).
L’Aar près de Worblaufen restera un lieu propice à la détente.

Analyser le trafic ne se résume pas à compter les voitures

La collecte de données sur le trafic permet de savoir ce qui se passe sur les routes et d’avoir tous les éléments à disposition pour réguler la circulation ou justifier des investissements, visant par exemple à réduire les nuisances sonores. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller à la rencontre du service de gestion du trafic.
 

Uwe A. Scharenberg-Nuding, chef de projet Gestion du trafic et Collecte de données de trafic à l’Office des ponts et chaussées du canton de Berne, vit au rythme du trafic des routes cantonales bernoises. Dans son bureau de la Reiterstrasse, à l’instar de ses collègues des arrondissements d’ingénieur en chef, il est capable de faire apparaître à l’écran en un clic les données relatives au trafic de toutes les régions: «Chaque nuit, à deux heures, les données relevées par nos compteurs permanents sont envoyées via le réseau GSM au système SmartTraffic.» Uwe Scharenberg utilise ensuite ces informations pour établir les indicateurs qui servent de «matière première» aux experts de la circulation et font parfois l’objet de débats animés lors de manifestations publiques: trafic journalier moyen ou trafic journalier moyen des jours ouvrables, heures de pointe du matin et du soir, courbes de variation quotidiennes, hebdomadaires, mensuelles et annuelles, évolution du trafic etc.

Moosseedorf  - 23.03.2021 - Ortsdurchfahrten Schönbühl/Moosseedorf . Photo © Béatrice Devènes
Verkehr TBA

Les données sur la circulation ont un poids politique

Les données de comptage de la circulation sont utilisées à des fins statistiques, mais aussi, de plus en plus, à des fins de gestion opérationnelle de la circulation. Elles alimentent les ordinateurs centraux qui, à l’avenir, réguleront à grande échelle le trafic grâce à une signalisation lumineuse intelligente. Les chiffres du trafic constituent également une base importante pour le modèle global des transports (MGT) du canton de Berne qui, en établissant des prévisions de circulation, sert de guide pour planifier l’aménagement du territoire et le trafic et prendre les décisions d’investissement. Les données sur le trafic routier ont un poids politique: à quel point est-il urgent de réaménager la traversée de la localité? Des mesures antibruit seraient-elles appropriées? Quel est le degré de sécurité de la route? Les réponses apportées à ces questions s’appuient toujours sur les données relatives au trafic.

Les données sur la circulation sont déterminantes pour une gestion «intelligente» du flux de trafic (installation de dosage de la Sandstrasse à Urtenen).

On distingue trois sortes de postes de comptage du trafic:

  • Les comptages temporaires s’inscrivent généralement dans le cadre d’études de trafic, visant p. ex. à comparer la circulation avant et après l’aménagement d’une route cantonale ou d’une traversée de localité ou encore à évaluer des nuisances sonores. Ces relevés automatiques sont la plupart du temps effectués par des radars qui mesurent le trafic sur certains jours. Les résultats ainsi obtenus permettent de calculer des indicateurs comme le trafic journalier moyen. Les valeurs émanant de comptages temporaires manquent de précision, car les mesures peuvent être influencées par des situations atypiques (événements locaux, accidents ou déviations). Elles peuvent néanmoins être avantageusement complétées par des enquêtes, des relevés manuels ou des enregistrements vidéo.
  • A ce jour, le réseau routier cantonal bernois compte 791 postes de comptage périodiques du trafic. En fonction de l’importance de la route, des relevés sont effectués pendant 14 jours consécutifs tous les ans ou tous les deux, quatre ou huit ans. Des radars enregistrent les véhicules qui passent ainsi que leur vitesse, en distinguant quatre classes de véhicules: les voitures, les camionnettes, les poids lourds, bus compris, ainsi que les motos et, le cas échéant, les vélos. Les résultats de ces comptages, effectués entre mars et octobre en dehors des vacances scolaires et des longs week-ends, peuvent eux aussi être faussés par des situations atypiques, mais s’avèrent tout de même plus fiables que les relevés temporaires puisque le processus d’enregistrement s’inscrit dans la durée et la répétition.
  • Les postes de comptage permanents fournissent des informations exhaustives, car ils mesurent le trafic en continu tout au long de l’année. Ils se composent généralement de quatre boucles d’induction intégrées au revêtement de la chaussée dans les deux sens de circulation. Un dispositif de comptage envoie ensuite les données à l’ordinateur central via une liaison radio mobile. Les capteurs ne se contentent pas de compter les véhicules. Ils identifient dix classes de véhicules, y compris les camionnettes avec ou sans attelage, les camions à plusieurs essieux et les semi-remorques. Grâce à sa double boucle, un poste de comptage permanent peut également enregistrer la vitesse des véhicules et renseigner ainsi sur les flux de circulation, ce qui est très utile pour la gestion du trafic. Des compteurs techniquement comparables existent pour le trafic non-motorisé.
    On dénombre actuellement 23 postes de comptage permanents en service dans le canton de Berne, mais il y en aura bientôt davantage: «D’ici la fin 2021, nous disposerons de 42 compteurs», se félicite Uwe Scharenberg. Cette augmentation est due à la poursuite de la mise en œuvre de la stratégie cantonale relative aux postes de comptage et au projet «Gestion du trafic de la région Berne Nord», qui prévoit 13 nouveaux compteurs permanents.

La réalisation des campagnes de comptage temporaires et périodiques incombe aux arrondissements d’ingénieur en chef. L’installation, l’exploitation et la maintenance des postes de comptage permanents relèvent quant à elles de la responsabilité du service de gestion du trafic, qui exploite les données via SmartTraffic.

Les compteurs permanents ont le vent en poupe

Et la collecte de données sur la circulation suit cette tendance: «Nous aimerions convertir davantage de postes de comptage périodiques en postes permanents, afin de disposer de données plus précises et plus fiables», explique Uwe Scharenberg. D’autant que les données en temps réel provenant des compteurs permanents peuvent aussi être utilisées pour gérer intelligemment les flux de trafic. «Plus nous disposerons d’informations exhaustives et précises, mieux nous pourrons réguler la circulation.»

Les coûts sont en baisse

Le choix stratégique de l’OPC s’explique aussi par la diminution des coûts des technologies: «Le premier poste de comptage permanent de ma carrière représentait encore un investissement à six chiffres en 2011; aujourd’hui, la dépense est d’environ 50 000 francs pour un modèle tout équipé. Les prix ont été divisés par deux et, à terme, un appareil devrait coûter 5000 francs», affirme Uwe Scharenberg.

Exemple de représentation cartographique de postes de comptage du trafic: carré = compteur permanent, triangle = compteur périodique.

Circulation et coronavirus

Le semi-confinement du printemps 2020 lié au coronavirus a eu un impact impressionnant sur le trafic, à l’exemple du pont Halen, au nord de Berne: le graphique montre les courbes de variation quotidiennes (nombre de véhicules par heure) sur un jour ouvrable moyen avant, pendant et après le confinement pour le trafic individuel motorisé et le trafic cycliste.
Les pics de circulation automobile du matin et du soir ont été quasiment réduits de moitié, et le volume total de trafic s’est réparti plus uniformément tout au long de la journée. Cela donne l’impression qu’il n’y a pas eu de réelle baisse du trafic en journée. Autre constat: en mars 2021, la circulation était à nouveau nettement plus dense qu’un an auparavant, et ce malgré l’obligation de télétravail.

Courbe de variation du trafic journalier moyen des jours ouvrables (véhicules par heure) sur le pont Halen à Berne durant la première semaine de mars 2019 (vert), 2020 (rouge) et 2021 (bleu) ainsi que durant le semi-confinement, à la mi-mars 2020 (jaune).
Poste de comptage permanent sur la Schützenstrasse, à Zollikofen: les boucles d’induction intégrées à la chaussée sont visibles au premier plan, et la cabine avec le dispositif de commande à l’arrière-plan (cercle jaune).
Poste de comptage périodique: radar latéral installé sur un lampadaire.

La prévention aussi est importante

Les événements naturels se multiplient et exigent des stratégies adaptées. Comment gérer les risques naturels de manière responsable à l’aune du changement climatique? Eva Gertsch-Gautschi de l’OFEV et Damian Stoffel de l’AIC I nous parlent de gestion intégrée des risques (GIR) et de collaboration entre la Confédération, le canton et les communes.

 

Madame Gertsch-Gautschi, Monsieur Stoffel, êtes-vous inquiets lorsque vous circulez sur la route du Grimsel en pensant aux dangers naturels potentiels?

Eva Gertsch-Gautschi: Non, je ne suis pas inquiète. Je sais que le canton de Berne surveille très attentivement ce tronçon. Mais il est vrai que j’observe ce type de routes de montagne avec un œil de spécialiste, regardant si de nouvelles laves torrentielles sont survenues.

Damian Stoffel: Je ne suis pas inquiet moi non plus. Les passages dangereux sont sécurisés de manière à limiter les risques. Et puis, une branche d’arbre pourrait me tomber sur la tête lors d’une promenade dans une forêt en plaine!

Eva Gertsch-Gautschi, Office fédéral de l‘environnement, division Prévention des dangers, section Protection contre les crues et Damian Stoffel, responsable de la section Protection contre les crues de l’AIC I, Oberland bernois.

Quand on parle de dangers naturels, un terme revient sans cesse: la gestion intégrée des risques (GIR). Qu’entend-on par là?

Eva Gertsch-Gautschi: L’objectif principal de la Confédération est d’atteindre un niveau uniforme de sécurité en matière de gestion des dangers naturels en Suisse. La GIR doit nous aider à recenser, évaluer et gérer les dangers naturels à l’aide de mesures adaptées. L’aspect «intégré» nous tient particulièrement à cœur.


C’est-à-dire?

Eva Gertsch-Gautschi: La gestion des risques ne peut être intégrée et durable que si l’on tient compte de tous les dangers naturels et que tous les responsables sont impliqués, de la Confédération aux cantons et communes en passant par les compagnies d’assurance. Ensuite, il est important de considérer tous les types de mesures dans la planification. On pense tout de suite aux aménagements et aux installations techniques, mais la prévention est tout aussi importante: ne plus construire dans des zones à risque, modifier l’affectation de certaines zones, prévoir des mesures organisationnelles en cas d’événement et sauvegarder les forêts protectrices se révèlent être des mesures efficaces. En fin de compte, la gestion des risques doit trouver la combinaison optimale de toutes les mesures possibles.


Ces principes fédéraux doivent être mis en œuvre par les cantons et les communes. Comment cela fonctionne-t-il?

Damian Stoffel: La Confédération fournit les bases et la stratégie. Au canton, nous nous occupons en quelque sorte de la «logistique» de ces idées. Nous transmettons les informations aux communes et les soutenons dans leur mise en œuvre concrète.


Cette «chaîne de logistique» fonctionne-t-elle?

Damian Stoffel: Nous sommes sur la bonne voie. L’idée qu’on ne peut pas simplement réagir aux événements, mais s’y préparer, fait son chemin. Après une crue ou une avalanche, on avait l’habitude de déblayer et de construire une protection. Aujourd’hui, il y a plus d’outils pour gérer les événements naturels, notamment des mesures préventives. La Confédération a fait un grand travail en ce sens et montré la voie aux cantons.


Est-il difficile de faire appliquer toutes les directives et mesures?

Eva Gertsch-Gautschi: La gestion des événements naturels est un travail d’équipe. La Confédération, les cantons et les communes ont le même objectif. Nous travaillons avec les cantons sur un pied d’égalité, y compris avec le canton de Berne! Nous essayons d’offrir des solutions et non pas de dicter les choses «d’en haut». Nous impliquons les cantons lors de l’élaboration des directives, en particulier pour la révision de la loi sur l’aménagement des eaux.

Damian Stoffel: Au canton, nous apprécions cette méthode et essayons de faire de même avec nos partenaires dans les communes. Chaque étape a lieu d’un commun accord, ce qui permet à tout le monde de participer. Je trouve aussi que l’échange d’expériences entre la Confédération et les cantons est enrichissant. L’OFEV fait du bon travail en ce sens.

Eva Gertsch-Gautschi: Il nous arrive à tous les deux de devoir convaincre des communes lorsqu’il est question d’aménagement des eaux. La valorisation écologique est aujourd’hui une composante obligatoire de tout projet de protection contre les crues, mais certaines communes regardent encore cela d’un œil sceptique.


Il semble qu’une prise de conscience ait eu lieu concernant les dangers naturels.

Eva Gertsch-Gautschi: C’est la suite logique des crues récurrentes qui se produisent depuis les années 80. Entre 1900 et 1970, il y a eu très peu d’événements de ce type. Nous appelons ça le «disaster gap» (période sans catastrophe). Ensuite, plusieurs crues se sont succédé (1987, 1993, 1999, 2005), qui ont causé des dommages importants dans tout le pays. La société et le monde politique ont dû tirer les leçons de ces catastrophes.


Le changement climatique vient s’ajouter à cela.

Eva Gertsch-Gautschi: En effet. Des changements importants se produisent et leurs conséquences sont parfois inattendues. La fonte du permafrost et des glaciers en altitude rend les montagnes instables et crée de nouvelles sources de danger. C’est aussi le cas dans le canton de Berne. Les événements météorologiques extrêmes ont lieu de plus en plus souvent. Certaines régions, qui étaient touchées par un événement majeur tous les 300 ans, le seront désormais tous les 30 à 100 ans.

Damian Stoffel: Une stratégie pour s’adapter au climat a été mise au point dans la région du Grimsel. Le but du projet est de sensibiliser les acteurs de la région aux conséquences du changement climatique et d’élaborer une stratégie commune et pérenne pour la gestion des dangers naturels.

Partager